Hydrogène : Auvergne-Rhône-Alpes actionnaire d’Hympulsion avec Michelin et Engie

Hydrogène : Auvergne-Rhône-Alpes actionnaire d’Hympulsion avec Michelin et Engie

La Région Auvergne-Rhône-Alpes premier actionnaire de Hympulsion

La région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé cette semaine avoir investi 8 millions d’euros dans une société nouvellement créée, chargée d’installer et d’exploiter 20 stations de distribution d’hydrogène sur son territoire.

Grâce à cet investissement, la région détiendra 33% du capital de la société Hympulsion, société créée le 6 novembre dernier par  le groupe énergétique Engie et Michelin.

La collectivité territoriale sera ainsi le premier actionnaire de l’entreprise aux côtés de Michelin (22,8% des parts), Engie (22,8%), la Caisse des dépôts (16,9%) et du Crédit Agricole (4,6%).

L’objectif de la société est d’installer et d’exploiter les 20 stations de distribution d’hydrogène prévues dans le cadre du projet ZEV (Zero Emission Valley), qui vise quant à lui à déployer simultanément 1 000 véhicules ainsi que les stations de distribution d’hydrogène.

Une des premières actions envisagées serait destinée au déploiement des 20 stations de distribution d’hydrogène dont 15 serait dotées d’un électrolyseur.

Le président de la région, qui n’est autre que Laurent Wauquiez, justifie cette démarche par sa volonté de faire d’Auvergne-Rhône-Alpes « le premier territoire à hydrogène en Europe« . Si l’on en croit ses propos, 80% des acteurs industriels de la filière sont présents sur le territoire régional.

Les écologistes contre une telle opération

Les élus écologistes se sont toutefois prononcés contre cet investissement. Ils estiment en effet que la région n’a pas « à faire des affaires avec des multinationales ».

Autre grief invoqué : si l’hydrogène est considéré comme un carburant « propre » car il permet de rejeter uniquement de l’eau dans l’atmosphère, l’Institut Français du Pétrole et des énergies nouvelles précise que la production par électrolyse de l’eau est moins répandue car nettement plus coûteuse. Il ajoute qu’à l’heure actuelle 96 % de l’hydrogène est produit à partir d’énergie fossile (pétrole, gaz naturel et charbon), « solution la plus rentable » selon l’Institut.

Les élus écologistes estiment également que « l’installation des stations à hydrogène renforce le déploiement de la voiture individuelle. » Selon eux, la mobilité décarbonée « passe indiscutablement par le développement des transports collectifs. » Or déplorent-ils, le projet mis en avant par la Région conforte une mobilité basée sur « l’automobile, les routes et l’autosolisme. » Ce qui, estiment-ils, « tend à pérenniser un modèle basé sur l’utilisation massive d’énergie et le développement de l’énergie nucléaire dont l’électricité peut être stockée et transformée par le biais de l’hydrogène. »

Aide à l’acquisition de véhicules propres

En 2017, la région Auvergne-Rhône-Alpes a lancé un dispositif d’aide à l’acquisition de véhicules propres dans la vallée de l’Arve, territoire extrêmement touché par la pollution de l’air. Il s’agissait alors d’accompagner les professionnels vers l’utilisation de motorisation dites plus vertueuses : hydrogène, GNV (gaz Naturel pour véhicule), électricité.

Projet européen « Zero emission valley »

La Région a par la suite remporté un appel à projet européen intitulé « Zero emission valley », fruit d’un partenariat Public/Privé regroupant autour de la Région et de la Banque des Territoires (Caisse Dépôts et Consignations C), Michelin et Engie.

Objectif affiché : le déploiement de véhicules à pile à combustible et de stations à hydrogène sur tout le territoire régional. La Région annonce alors dans un communiqué de presse la création d’une SEM (Société d’Economie Mixte) avec tous les acteurs de la filière hydrogène, des mobilités saines et du déploiement de flotte automobile dont Engie et Michelin.

Mais en juin 2018, dans le cadre d’une délibération sur la stratégie environnementale, la création d’une société avec Engie et Michelin est évoquée. Ce qui provoque d’ores et déjà la méfiance des élus écologistes.

Vendredi 15 févier 2019, les élus étaient appelés à se prononcer par vote sur l’entrée de la Région au capital de la SAS (Société par Actions Simplifiée) Hympulsion, société privée dont les écologistes n’avaient jusqu’à présent jamais entendu parler, selon eux. Il ne s’agit plus du tout d’une SEM (société d’Economie Mixte)dont l’un des intérêts premiers était de permettre que le capital puisse être détenu majoritairement par le secteur public.

Subventions de l’UE et de l’Ademe

L’objet de la SAS (Société par Actions Simplifiée)  est le financement, la réalisation, le déploiement et l’exploitation d’infrastructures de production d’hydrogène principalement renouvelable et de stations de rechargement, et tous services associés.
La société recevra 6,6 millions d’euros de l’Union Européenne dans le cadre du projet « zero emission valley ». Elle indique également qu’elle devrait obtenir une subvention de 20 millions d’euros de l’ADEME. Si l’on compte également les 8 millions d’euros de la Région Auvergne Rhône Alpes, au final la société pourrait recevoir 37 millions d’euros d’argent public.

«  A l’heure où le changement climatique est déjà à l’œuvre, les politiques publiques doivent avant tout viser à la réduction des besoins d’énergie et à la transformation radicale de nos habitudes en matière de mobilité et de fret » déplorent néanmoins les élus écologistes.  Lesquels estiment que la création de la SAS ne sert en aucun cas l’intérêt général.

L’avis de Leblogauto.com

Alors que les constructeurs tels que Hyundai et Toyota misent sur l’hydrogène, mettant en avant ses supposées vertus écologiques, les élus écologistes de la Région Auvergne Rhône Alpes lancent un pavé dans la mare. Remettant en cause l’intérêt de produire de recourir à ce type de source d’énergie produite le bien plus souvent par des procédés loin d’être écologiques.

Les élus écologistes n’y vont pas par quatre chemins et lancent le débat : selon eux, « le développement de l’hydrogène constitue une réelle opportunité uniquement dans le cas où sa production est issue d’énergies renouvelables et s’il sert le développement des transports collectifs. »

Sources : AFP, Elus régionaux Auvergne-Rhône-Alpes